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Des projets qui n’ont pas de mode d’emploi

Une exposition dont les pièces sont dispersées dans le monde. Des trains que personne n’a le droit d’approcher. Une avenue qui ne sera construite que dans deux ans. Un salon automobile fermé. Quatre fois la même situation: rien au catalogue ne répondait. Chaque cas dit aussi ce que la couche d’intelligence artificielle change dans cette fabrication.

Quatre cas, et ce que l’IA y change

Bozar

Institution culturelle

Salle d’exposition virtuelle: une armure lamellaire complète au centre d’un socle, un casque et des bottes autour, sur un parquet en point de Hongrie.
Une salle reconstituée, avec ses objets replacés et ses repères d’information.

Le problème

Monter une exposition dont les pièces sont dispersées dans le monde entier, et dont une partie des archives a disparu. Les objets ne pouvaient ni voyager, ni parfois même être photographiés sous tous leurs angles: les catalogues existants sont en deux dimensions, et personne n’avait vu le dos de certaines pièces.

La réponse

Les catalogues numérisés de l’exposition précédente ont été analysés pour repérer ce qui manquait, puis les pièces ont été reconstituées en trois dimensions et sur 360 degrés, sous la supervision d’archéologues. Les salles du musée ont été relevées au laser, ce qui a donné le décor exact où poser ces objets, et l’exposition « A Passage to Asia » est devenue visitable depuis un navigateur.

Ce qui a suivi

Le rendu était assez convaincant pour que des visiteurs se présentent à la billetterie du musée et demandent comment accéder à l’exposition.

La couche IA

Le dépouillement des catalogues était la partie la plus chère: des centaines de pages à confronter pour savoir ce qui est documenté et ce qui ne l’est pas. Un modèle lit aujourd’hui ces pages, relève les dimensions, les matériaux et les faces absentes, et signale les sources qui se contredisent. Ce qu’il propose pour combler un trou n’est jamais posé tel quel: la décision reste à l’archéologue, et c’est ce qui permet à un musée de signer ce que nous livrons.

Autre salle virtuelle, avec une cloche de bronze inclinée, une jarre de pierre et deux statues du Gandhara.
Le relevé laser rend les proportions et la lumière de la salle réelle.

Thalys (aujourd’hui Eurostar)

Transport ferroviaire

Une rame Thalys rouge à quai dans une gare, sous une caténaire, avec le numéro 4341 sur le nez.
La rame en gare, reconstruite entièrement en images de synthèse.

Le problème

Présenter à la presse internationale les intérieurs de train dessinés par Matali Crasset, alors que l’accès aux sites de production était limité et qu’aucune rame n’était disponible pour une révélation physique. Il fallait dévoiler un objet qu’on ne pouvait pas montrer.

La réponse

Les rames ont été reconstruites dans une gare numérique, au niveau de détail que la presse spécialisée allait inspecter: l’emplacement de chaque vis, les nuances exactes de couleur, les cotes des sièges au centimètre. La plateforme fonctionnait dans un navigateur, sur ordinateur, sur téléphone et en réalité virtuelle.

Ce qui a suivi

La presse a pu parcourir les rames en direct le jour de l’annonce, puis y revenir ensuite.

La couche IA

Une même rame devait tourner dans un navigateur, sur un téléphone et en réalité virtuelle, où descendre sous 90 images par seconde donne la nausée. Il fallait donc tirer plusieurs niveaux de détail d’un seul modèle de constructeur. Le rehaussement des textures et le débruitage des rendus sont confiés à des outils d’apprentissage: chaque itération tombe de quelques heures à quelques minutes, et c’est ce qui rend trois cibles tenables dans le calendrier d’une annonce presse.

Intérieur du kiosque de bord: comptoir rouge laqué, tablettes rondes, banquette et bandeau de fenêtres.
Le kiosque de bord, l’un des espaces parcourables depuis la gare.

STIB / MIVB

Transport public

Vue de l’avenue réaménagée: pavés, bancs de bois, massifs fleuris, arceaux à vélos, passants, et un bus au fond. Une barre de navigation propose quatre zones.
L’avenue telle qu’elle sera, parcourable zone par zone.

Le problème

Obtenir l’adhésion des riverains au réaménagement d’une artère bruxelloise. Le projet n’existait qu’en plans techniques, illisibles pour qui n’est pas du métier, et les travaux se jugent d’ordinaire sur la gêne qu’ils causent plutôt que sur ce qu’ils apporteront.

La réponse

Les plans ont été transformés en une visite à hauteur d’homme, zone par zone, où l’on se déplace dans l’avenue telle qu’elle sera: les bancs, les arbres, les pistes cyclables, les arrêts. Chaque point d’intérêt explique ce qui change à cet endroit précis. La visite a été diffusée aux habitants, en français et en néerlandais.

Ce qui a suivi

L’outil est devenu le support des discussions entre les parties prenantes du projet, qui ont pu comparer leurs intentions sur une même image plutôt que sur des plans.

La couche IA

L’avenue projetée devait se poser dans l’avenue réelle: les façades d’en face, les arbres déjà là, la lumière du lieu. Cette reconstitution sort de campagnes photographiques traitées par photogrammétrie, où l’appariement des vues et le nettoyage des nuages de points relèvent de l’apprentissage. La végétation, le mobilier et les passants sont générés puis corrigés plutôt que posés un par un. Sans cela, une avenue entière, en quatre zones et deux langues, ne tient pas dans le budget d’une concertation.

D’Ieteren

Distribution automobile

Salon automobile numérique: un CUPRA Formentor bleu sur un socle tournant face à un coucher de soleil, deux autres modèles en attente, et des boutons de conseil en direct, configurateur et conditions.
Chaque modèle sur son socle, examinable à 360 degrés, avec le conseiller à un clic.

Le problème

Vendre des voitures pendant la fermeture du Salon de l’Auto de Bruxelles, qui est le moment de l’année où se joue une part décisive des commandes. Le premier importateur automobile belge se retrouvait sans le lieu où ses clients viennent voir, comparer et décider.

La réponse

Un salon numérique a été construit, où chaque modèle s’examine en trois dimensions, de l’extérieur comme de l’habitacle, avec sa fiche technique et ses conditions. Le visiteur y trouvait un conseiller en direct, un configurateur, et la possibilité de fixer un rendez-vous en visioconférence ou un essai.

Ce qui a suivi

Le dispositif a permis de continuer à recevoir des demandes qualifiées pendant la fermeture, et d’atteindre des acheteurs qui ne se seraient pas déplacés.

La couche IA

Un salon numérique est d’abord un catalogue: chaque modèle, chaque finition, chaque teinte, vus sous plusieurs angles dehors comme dedans. Le compte se chiffre en milliers d’images, et le salon était fermé maintenant, pas dans six mois. Le débruitage par apprentissage divise le temps de calcul de chaque vue, ce qui permet de produire la gamme entière plutôt qu’une sélection. L’œil humain repasse ensuite là où la machine se trompe le plus: les reflets sur une carrosserie sombre.

Ce que ça change pour un projet ordinaire

Aucun de ces quatre projets ne se commande sur catalogue, et ce n’est pas ce que nous proposons ici. Ils ont en commun une chose qui, elle, sert tous les jours: quand le sujet n’est pas photographiable, il faut le fabriquer.

C’est le même travail que montrer un plateau de bureaux encore vide, un produit qui ne tient pas sur une photo, ou un lieu où le client ne peut pas se rendre. Le budget change, la question ne change pas. Ces cas-là se traitent dans une création de site ou dans une refonte, comme le reste.

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